Dossier № 8 · jeudi 8 octobre 2026
Une seule fois
Trois-Corbeaux — un après-midi de fin de saison, le port à moitié vide
La saison est finie, et le port est si tranquille qu'on s'entend parler d'un bout à l'autre. Maurice Dubois y a été douanier trente ans, avec une vue qui baissait toujours au bon moment : les paniers passaient devant lui, il regardait le fleuve, et personne n'avait rien à expliquer. Il n'a jamais rien demandé en échange : il trouvait seulement que l'hiver était long et les familles nombreuses. Une seule fois, il a regardé pour de bon, et il a écrit son rapport : c'était il y a vingt ans, sur une famille du port, dont le nom est resté dans un registre que toute la ville a lu. Il n'y a eu ni prison ni ruine pour eux, juste la honte, pendant que tous les autres continuaient de passer sans rien risquer. Cet après-midi-là, Maurice a été tué quelque part sur le port, son chapeau encore à la main, comme s'il venait de le retirer pour saluer quelqu'un. Les bateaux étaient rentrés pour l'hiver, personne n'est descendu de la ville, et il ne restait sur ces quais que des gens qui y travaillaient depuis toujours. Tout le port l'a pleuré comme un oncle — et trois de ces gens vivaient encore avec cette exception-là, chacun de son côté du registre.
Chaque pièce du dossier dit vrai — les témoignages aussi.






