Dossier № 12 · lundi 12 octobre 2026
Le premier arrivé
Trois-Corbeaux — la dernière nuit avant le départ, la voiture attelée dans la cour
La diligence part au petit jour ; elle est rangée dans la cour depuis la veille, et on n'attellera les chevaux qu'au dernier moment. Au théâtre de Trois-Corbeaux, personne n'a envie de dormir : on n'y joue rien cette semaine, on l'a ouvert pour que les voyageurs attendent au chaud plutôt que dans la rue, et le poêle ronfle depuis minuit. Jules Duguay était arrivé la veille au matin et avait payé le dernier siège avant tout le monde. Il n'avait rien pris à personne : il était arrivé le premier, voilà tout, et il a passé la journée à le répéter, un par un, à ceux qui venaient le supplier de céder. Au matin, la diligence a attendu Jules pour rien : on l'a découvert sans vie quelque part dans le théâtre, boutonné et prêt depuis des heures, sa malle déjà descendue dans la cour. Le cocher n'avait pas quitté ses chevaux, et personne n'est entré depuis la rue. Quatre personnes veillaient là avec lui cette nuit-là — des gens qui ne s'étaient jamais croisés avant la veille, chacun avec son propre matin à attraper — et pas un seul n'avait le temps d'attendre la voiture suivante.
Chaque pièce du dossier dit vrai — les témoignages aussi.








