Dossier № 21 · mercredi 21 octobre 2026
Trois voix de trop
Trois-Corbeaux — un midi d'automne lumineux
Ce midi d'octobre, le soleil entrait à pleines fenêtres dans le magasin général de Trois-Corbeaux, et la ville faisait ses courses comme tous les vendredis. Gabrielle Vaillancourt le tenait depuis trente ans : crédit à ceux qui n'avaient rien, un bonbon pour chaque enfant, et une mémoire qui n'oubliait rien — surtout pas ce qu'on aurait aimé qu'elle oublie. Il y a neuf ans, un soir de vote, c'est elle qui a compté les bulletins sur la vente de la rivière à la compagnie du barrage ; le barrage s'est fait, l'eau est montée, et les terres basses ont disparu dessous. Mardi, Gabrielle a annoncé que ce compte-là était faux, et qu'elle dirait dimanche, devant toute la ville, qui avait triché et comment. Elle ne verra pas dimanche : on l'a retrouvée sans vie peu après midi, sa liste de commandes ouverte, son crayon posé en travers au milieu d'une ligne. Depuis les pluies, la route des collines n'est plus qu'ornières et le prochain train ne passe que lundi : celui qui a fait ça est encore en ville. L'eau a fait des perdants dans presque toutes les maisons de Trois-Corbeaux, et tous ces perdants faisaient encore leurs courses chez Gabrielle.
Chaque pièce du dossier dit vrai — les témoignages aussi.












